"Heureux les heureux" de Yasmina Reza

Publié le par Nathalie

"Heureux les heureux" est le 2ème roman de l'écrivain Yasmina Reza, connue principalement pour ses pièces de théâtre, ses récits et ses scénarios. Ce titre lui a été inspiré par une phrase de l'écrivain Jorge Luis Borges, phrase qu'elle a d'ailleurs mise au début de son ouvrage.


Heureux les heureux

Paru en janvier 2013 chez Flammarion, cet ouvrage est un OVNI de part sa construction. En effet, composé de 21 chapitres qui portent des noms de personnages, il s'agit à chaque fois d'une tranche de vie, le lien entre les divers protagonistes étant toutefois ténu. On s'approche donc du recueil de nouvelles, sans que ce soit vraiment ça non plus.

 

L'écriture est dense et pressée - les dialogues sont insérés dans la narration - mais le style est plaisant. Chaque personnage nous entraîne dans un moment de sa vie qui a tout l'air du tournant à savoir appréhender correctement.

Ainsi on s'interroge avec Ernest Blot sur la question de l'après décès, vaut-il mieux être enterré ou incinéré ? On se surprend à sourire tout en s'inquiétant pour le fils de Pascaline Hutner qui se prend pour Céline Dion. On vit une soirée avec Paola Suères qui rencontre son amant pendant que la femme de celui-ci est en vacances avec leurs enfants...

 

Des instantanés pris sur le vif et qui succitent des sentiments tels que la tristesse, la joie ou la nostalgie et qui parlent d'amour, de solitude, d'ennui, de honte, de regrets...

Yasmina Reza passe d'un personnage à l'autre très rapidement, pour parfois y revenir, ce qui peut éventuellement agacer le lecteur à qui elle ne dévoile qu'un fragment de vie avant de refermer la porte et d'en ouvrir une autre. Les liens et les inteHeureux-les-heureux-2.jpgractions ne sont pas toujours évidents à comprendre ou à retenir, ce qui nécessite parfois des retours en arrière pour mieux savoir qui est qui. 

On découvre avec cet ouvrage une galerie de portraits, une farandoles d'individus tels qu'on peut en croiser dans son entourage, ce qui rend d'autant plus réaliste leur histoire.

 

Tous les récits ne m'ont pas forcément impactée de la même manière, tout dépend du vécu et de la sensibilité, mais globalement j'ai trouvé cet album photo plutôt plaisant à feuilleter. Yasmina Reza semble très bien connaître la nature humaine et sa plume agréable nous entraîne à suivre ces épisodes avec intérêt.

Par contre, je m'interroge sur le choix du titre car les "créatures" de Yasmina Réza me semblent beaucoup de choses, mais pas "heureuses"...

 

Note : 3,5/5

 

Passage choisi : "On n'a pas vu venir la chose. On n'a pas senti que ça pouvait basculer. Non. Ni Lionel, ni moi. Nous sommes seuls et désemparés. A qui en parler ? Il faudrait qu'on arrive à en parler, mais à qui confier un secret pareil ? Il faudrait pouvoir le dire à des gens de confiance, très compatissants, qui ne fasse montre d'aucun humour sur le sujet. Nous ne supportons pas la moindre nuance d'humour sur le sujet, bien que nous soyons conscients, Lionel et moi, que s'il ne s'agissait pas de notre fils, nous pourrions en rire. Et même, pour être honnête, en rire en société à la moindre occasion."

Publié dans ROMANS

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