Enterrement de vie de garçon (A.F)

Nouvelle histoire sur la liste de Muriel, cette fois-ci :

astrologique, baroque, carrousel, diamant, éternité, framboisier, globe, hexagone, incartade, jambe, kaléidoscope, Laurent, Manille, naïf, overdose, parsemer, quatuor, roquette, Sibérie, tuer, unisexe, violet, watt, xylophone, youyou, zombie

Laurent se réveilla en sursaut. Les youyous provenant d’une télévision mal réglée auraient pu en être l’origine mais c’est surtout la culpabilité qui l’avait tiré des bras de Morphée. Ou plutôt des bras de Candice. Il jeta un regard affolé sur le corps étendu à ses côtés. Comment avait-il pu commettre cette incartade à quelques jours de son mariage ? En un bond, il fut debout sur ses jambes. Il chercha du regard ses habits qui étaient parsemés sur l’épaisse moquette de l’hôtel baroque dans lequel il venait de passer la nuit. Il mit la main sur son caleçon et sur son pantalon mais impossible de retrouver sa chemise. Finalement, il prit la décision d’enfiler le t-shirt unisexe de Candice, et se précipita vers la porte. En chemin, il passa devant un énorme miroir violet incrusté de strass et stoppa net quand il vit son allure. Il avait tout l’air d’un zombie avec ses cernes sous les yeux, son visage pâle et sa masse de cheveux en broussaille. Comment allait-il pouvoir donner le change devant son entourage ? Il se sentait mal, nauséeux. Pourquoi avait-il cédé à la tentation ? Et qui plus est avec la meilleure amie de sa fiancée…

Il claqua la porte derrière lui, dévala les escaliers et sortit de l’établissement situé près du Carrousel du Louvre. Une fois sur le trottoir, il aspira une grande bouffée d’air et se dirigea d’une démarche incertaine vers la terrasse d’un café curieusement baptisé Le Sibérie. Une fois assis avec une tasse d’un expresso fumant entre les mains, Laurent pris le temps de repenser à cette soirée.

Il était chez lui à tuer le temps en jouant à sa console quand son Smartphone s’était mis à vibrer. Numéro inconnu. Il laissa sonner. Il ne voulait pas être dérangé par un démarcheur quelconque, toujours à vouloir vendre un objet inutile, du genre encyclopédie en 25 volumes, kaléidoscope en kit ou xylophone en bois exotique. Quand il vit qu’il avait un message, il fut toutefois intrigué et l’écouta. Il s’agissait de Candice, la plus proche amie d’Audrey, sa future femme. Elle semblait agitée au téléphone et lui demandait de la rejoindre à l’Hexagone, la brasserie qu’ils avaient l’habitude de fréquenter lorsqu’ils étaient étudiants. Il supposa qu’en tant que témoin d’Audrey, Candice avait peut-être des choses à lui demander. Il se rendit donc au rendez-vous. Quand il arriva, il faillit ne pas la reconnaître. Il faut dire qu’il ne l’avait pas vue depuis deux ans, date à laquelle elle était partie à Manille rejoindre une ONG. Sa vision fut un choc. Dans son souvenir, Candice était une petite souris, une de ces filles qu’on ne remarque pas, tant la discrétion est leur marque de fabrique. Mais, là, il avait devant lui une véritable bombe. Le soleil de Manille lui avait hâlé la peau, ses cheveux avaient poussé en longues boucles brunes et sa tenue mettait en valeur un corps que le travail dans l’ONG avait sculpté semaine après semaine.

Candice se jeta à son cou et le mitrailla de questions sur lui, sur Audrey et la bande d’amis qu’elle avait laissée à Paris. Attablés devant une salade de roquette et gésiers confits, bercés par la musique d’un quatuor, Laurent se laissa aller à lui résumer les événements, petits et grands, qu’elle n’avait vécus que de loin. L’obtention du diplôme, la recherche du premier travail, l’overdose d’une amie commune, sa demande en mariage à Audrey avec à la clef un superbe diamant, l’achat du premier appartement… Ils parlèrent jusque tard dans la soirée. De tout, de rien. Quand ils en furent au dessert, un framboisier délicieusement parfumé, Candice saisit la main de Laurent et en plongeant ses yeux dans les siens se laissa aller à la confidence. Si elle était partie si loin, c’était pour tenter de l’oublier, lui, l’homme dont elle était amoureuse depuis tant d’années. Elle avait vraiment tout fait pour l’effacer de sa mémoire mais l’annonce de son mariage avec Audrey n’avait fait que rouvrir la plaie. Naïf, Laurent n’avait rien vu.

Troublé par ces aveux, il finit son verre de vin, paya l’addition et s’excusa auprès de Candice. L’air frais du soir lui fit du bien. Il marcha droit devant lui et se repassa le film de leurs années à la fac. Il vit alors avec clarté tous les signes que Candice avait envoyés à son intention et qu’il n’avait pas voulu voir. Cela faisait une éternité qu’il ne s’était pas senti aussi léger. Cette nouvelle flattait son ego. Amusé et rassuré sur son pouvoir de séduction, il prit le chemin de son appartement. Un bruit de talons se fit entendre derrière lui. Au moment où il se retourna, il vit le visage baigné de larmes de Candice surgir dans la nuit. Elle vint se blottir contre son torse. Les globes parfaits qui emplissaient son t-shirt vinrent s’écraser contre sa poitrine. L’impression d’être traversé par un courant de 1 000 watts, Laurent ne put résister. Il prit sa main et l’entraîna vers un hôtel dont l’enseigne aux néons luisait un peu plus loin.

La dernière gorgée de son café avalé, Laurent se demanda ce qu’il devait faire. Il aimait Audrey, n’avait jamais eu l’intention de lui faire du mal. Et comment Candice allait-elle réagir à tout ça ? Un bip sonore le ramena à la réalité. Il venait de recevoir un SMS. C’était justement elle. « Ne t’inquiète pas. Audrey n’en saura jamais rien. Je repars dans 5 jours à Manille. Merci pour cette nuit. » Soulagé Laurent tendit le bras vers le journal du matin qui traînait sur la table voisine. Il tourna machinalement les pages jusqu’à tomber sur celle de l’horoscope. A côté de son signe astrologique, il lut : « Bélier, rien ne sert de vous inquiéter, le passé est le passé. Un avenir sans nuage s’annonce pour vous ». Et il éclata de rire...

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