A sens unique (A.F)

Une liste collective proposée lors d'une soirée filles, le souvenir d'une histoire arrivée à une amie, quelques émotions personnelles et le tour est joué :

avalanche, berlingot, canard, désillusion, escargot, foins, général, hutte, ignorant, joyaux, kilos, limace, majesté, naïade, oubli, pintade, Québec, roucouler, sapristi, tartine, ubuesque, voyage, Wolfgang, X, Yves, zigouiller

 

Bague écrinAllongée mollement sur son lit, suçotant pensivement un berlingot, elle entendit la musique de Wolfgang Amadeus qui filtrait à travers les portes du salon. Yves avait sans doute encore décidé de dormir sur le canapé. Ce n’était pas la première fois qu’il lui faisait le coup ces dernières semaines. Tous les prétextes étaient bons. Une fois, c’était parce que la cuisson du canard du dîner n’était pas assez rosée. Une autre parce qu’il ne restait plus de pain pour ses tartines du lendemain. Sa Majesté lui imposait sa présence ou au contraire se retirait brusquement dans ses nouveaux appartements quand bon lui semblait.

Voilà à peine trois ans qu’ils étaient mariés et déjà la désillusion pointait le bout de son nez. Il était loin le temps où, le week-end, ils roucoulaient amoureusement dans les bras l’un de l’autre, couchés dans les foins. Terminée l’avalanche quotidienne de SMS enflammés, parfois X, qui permettaient de survivre aux quelques heures de séparation. Finis les compliments sur les courbes de naïade obtenues grâce à des efforts constants ou sur le délicieux repas savamment préparé.

Depuis le retour de leur voyage au Québec, impossible d’ignorer la perpétuelle soupe à la grimace qui lui était servie dès le café du matin. Tout était prétexte à froncer les sourcils, à hausser le ton, à se renfermer comme un escargot dans sa coquille. Il suffisait d’un oubli de sa part, d’un kilo en trop, d’une phrase anodine pour mettre le feu aux poudres et déclencher le début des hostilités. L’autre jour, il l’avait même traité de pintade et d’ignorante car elle ne savait pas qui était le général Leclerc.

La première fêlure datait de leur visite des huttes à sucre dans le grand nord canadien. Elle avait cherché à provoquer un petit moment d’intimité loin du groupe des touristes avides de goûter le sirop d’érable et il s’était dégagé de son étreinte, brusquement, en envoyant un « Sapristi, tu es aussi collante qu’une limace ! » qui lui avait fait monter les larmes aux yeux. Elle ne le comprenait décidément plus. Tout cela était totalement ubuesque, si peu en accord avec ce qu’ils avaient vécu jusque-là. Elle avait même l’impression, parfois, d’apercevoir une lueur sombre dans son regard quand il l’observait. Une lueur qui semblait indiquer une envie de la zigouiller. Mais elle devait se tromper…

Elle se leva et se mit à déambuler dans la chambre en reprenant un berlingot. Elle ne comprenait décidément pas. Elle l’aimait toujours autant et pour elle rien n’avait changé. Elle se mit machinalement à ranger les affaires qui traînaient sur le dossier du fauteuil quand un écrin tomba de la poche de la veste d’Yves. Le souffle court, le regard brouillé par l’émotion, elle s’agenouilla et ramassa la petite boîte rouge estampillée du logo d’un célèbre bijoutier. Son anniversaire tombait le mois prochain, Yves avait sans doute voulu se racheter de son comportement distant. Après tout, peut-être avait-il des problèmes au travail dont il ne souhaitait pas lui faire part. Elle souleva délicatement le couvercle et découvrit une magnifique bague, un joyau de délicatesse et de bon goût. Son cœur se mit à battre précipitamment dans sa poitrine quand une nausée soudaine s’empara d’elle. Elle venait de se rendre compte que la bague était en or jaune, elle qui depuis toujours n’avait porté que de l’or blanc…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :