Terreurs nocturnes (A.F)

Voici les 26 mots. Un bon point de départ pour mon imagination fertile...

abaca, babiroussa, cacaoyer, dacron, eau, façade, garçon, habitat, iguane, jaguar, kayak, labrador, microscopique, non, occulter, papillon, quartz, radiateur, sangsue, timbre, uranium, veuve,wallaby, xylophone, yawl, zazou

monstre-sous-le-lit.jpgLe petit garçon se réveilla en sursaut, le front perlé de sueur. Son pyjama préféré, celui en dacron avec des motifs de papillons multicolores, lui collait à la peau. Il était en eau.

 Encore à moitié endormi, il balaya sa chambre du regard. Dans l’obscurité, les objets avaient l’air différents. Son xylophone métallique semblait phosphorescent. Un rayon de lune passant à travers les rideaux lui donnait l’allure d’une pierre de quartz ou, pire, celle d’un morceau d’uranium radioactif. La maquette de yawl en bois, posée sur une étagère, projetait une ombre aux contours de chauve-souris sur le mur qui lui faisait face. Quand ses yeux se posèrent sur le tapis moelleux qui servait de descente de lit, il eut la fugitive impression d’y percevoir un mouvement rapide. Etait-ce la queue d’un iguane marin ou bien un serpent qui tentait de se dissimuler afin de mieux le surprendre.

Il ferma les yeux un instant et secoua la tête pour chasser ces pensées. Non ! Ce n’était pas possible ! Pas dans sa chambre ! Ses parents lui avaient affirmé, soir après soir, que les monstres n’existaient pas et qu’il était en sécurité dans son lit. Il devait absolument tout faire pour les croire.

Il ouvrit à nouveau les paupières et fixa l’endroit qui le terrifiait. Il se rendit compte que la forme allongée qu’il avait prise pour un reptile n’était autre que la ceinture de sa robe de chambre. Cela le rassura quelques secondes. Quelques secondes seulement, car une forme sombre se détachait à présent du mur et semblait vouloir s’approcher. Il se figea, réfléchit. Ce ne pouvait pas être le radiateur qui était, lui, de l’autre côté. Il fit un effort terrible pour ne pas crier et risquer de réveiller tout le monde dans l’habitat. Pour se donner des forces, il serra très fort le petit wallaby en peluche que son grand-père lui avait offert pour son anniversaire. Cela faisait déjà plusieurs semaines que ses cauchemars empêchaient ses parents de dormir. Malgré le calme apparent qui régnait en façade quand ils venaient en pleine nuit, réagissant à ses hurlements, il sentait bien au timbre de voix de sa mère qu’ils étaient à bout, qu’ils allaient bientôt craquer.

Ce n’était pourtant pas de sa faute si son imagination galopante attendait la faveur du soir pour fonctionner à plein régime. D’habitude, sa famille trouvait ça plutôt charmant qu’il transforme l’appartement en jungle, voyant dans les ficus de sa mère des cacaoyers géants ou des abacas derrière lesquels il se dissimulait pour fuir la colère d’un babiroussa blessé, d’un jaguar affamé ou la morsure venimeuse d’une veuve noire. Son père trouvait même très amusant qu’il prenne la table basse pour un kayak quand il tentait d’échapper aux flèches empoisonnées d’une tribu occulte aux mœurs anthropophages. Il lui était même arrivé de rentrer dans le jeu de son fils en faisant mine de se débarrasser de sangsues après avoir traversé un bras d’eau stagnante, symbolisé par l’imposant canapé du salon, ou de feindre d’apercevoir un étrange insecte microscopique que lui montrait son aventurier en herbe sur le plan de travail de la cuisine. Alors pourquoi ne comprenaient-ils pas ses agitations nocturnes ?

Tout à ses réflexions, il ne vit pas l’ombre se rapprocher de lui à pas feutrés. Deux yeux perçants trouaient la nuit et un souffle rauque s’entendait pas moment. Ce n’est que quand il sentit la chaleur humide sur sa joue qu’il sursauta et comprit. Pas de monstre, pas d’extraterrestre ou d’indigène vengeur, juste la langue râpeuse et la truffe humide et chaude de Zazou, son labrador noir, qui d’habitude dormait dans l’entrée. La brave bête avait dû sentir sa détresse et se glisser discrètement dans sa chambre pour veiller sur lui. Rassuré, il se blottit contre sa peluche et s’endormit. Il était sauvé. Au moins pour cette nuit…

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