"Tigre, tigre !" de Margaux Fragoso

Publié le par Nathalie

Livre sorti pour la rentrée littéraire 2012 et conseillé par Gala de la librairie L'Eclectique. La photo de couverture ne me plaisait pas et puis la thématique, la pédophilie, ne m'invitait pas à la lecture, en cette période estivale, jusqu'à ce que je sache qu'il ne s'agissait pas d'un roman, mais d'un témoignage sur ce que l'auteure avait vécu dans son enfance. Je me suis dit : "J'essaie et si je vois que c'est trop lourd, j'arrête." Finalement, je suis allée au bout des 403 pages de cette histoire traduite de l'américain par Marie Darrieussecq.


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Margaux Fragoso a sept ans lorsqu'elle fait la connaissance de Peter, cinquante et un ans. Elle le croise d'abord à la piscine de son quartier, puis se rend chez lui avec sa mère, sur son invitation. Là, elle découvre une maison qui ressemble à une aire de jeux avec ses animaux exotiques, sa balançoire... Margaux et sa mère vont venir deux fois par semaine rendre visite à Peter afin d'échapper à leur quotidien sous l'influence d'un père alcoolique, violent et paranoïaque. Petit à petit, habilement, de façon insidieuse, Peter va passer du rôle d'ami, à celui de pseudo père jusqu'à devenir l'amant de Margaux. Cette relation qui amènera Margaux à devenir une adolescente tourmentée durera pendant quinze longues années jusqu'à la mort de Peter.

 

Ce livre est une véritable réussite. Il est à la fois un récit émouvant et une oeuvre de littérature car écrit dans un style fort et touchant à la fois. Les années passées sous l'emprise de Peter sont racontées sans tomber dans le racolage ou le pathos, même s'il y a forcément des passages qui mettent mal à l'aise. On suit d'un oeil attentif les manipulations mises en place par Peter pour s'attacher Margaux et en obtenir ce qu'il veut. L'auteure nous décrit son bourreau comme un personnage très humain et attentionné ce qui le rend encore plus effrayant et abominable à nos yeux.

Au fil des pages, on assiste au changement de caractère de Margaux qui, peu à peu, devient une enfant rebelle, taciturne qui s'enferme de plus en plus souvent dans un monde imaginaire pour échapper à une vie coincée entre une mère ayant une maladie mentale, un père qui la rejette et un homme qui semble être le seul à lui porter un véritable intérêt. On découvre les moyens qu'elle met en place pour se protéger, consciemment ou non, de l'emprise de Peter, jusqu'à, parfois, en arriver à le manipuler à son tour, pour finalement retomber sous son joug.

 

J'ai été bouleversée par cet ouvrage. Je suis contente de l'avoir lu même si, parfois, il a fallu que je m'accroche aux pages pour poursuivre car la réalité de cette histoire est dérangeante. Je pense que si j'ai pu continuer ma lecture, c'est grâce au véritable talent d'écriture de l'auteure.

Un seul bémol, pour moi, la fin. J'aurais eu besoin d'en savoir plus sur la manière dont Margaux avait pu surmonter tout ça. A-t-elle été suivie par un thérapeute ? L'écriture seule du livre a-t-elle suffit à expurger ces années de domination psychique et physique ? Comment a-t-elle réussi à se reconstruire et à envisager d'être mère ? Et surtout, pourquoi a-t-elle conservé pendant des années des photos et objets la reliant à ce pédophile ?

 

Note : 4/5

 

Passage choisi : "Donc, l'été de mes treize ans, j'assemblais Nina - mon chef-d'oeuvre en matière de femme. Elle était hyper cool, elle était blasée. Poupée de papier. Farcie de colle. Vide dedans. Tellement belle. Elle était plus jeune que moi, plus vieille que moi. Jeune pousse et pluie ancienne. Elle était moi. Elle n'était pas moi. Ses cheveux étaient noirs de jais, comme ceux de Jessenia, comme ceux de Justine. Poupée de chiffon. Des os souples. Un bréchet de poulet qu'on pouvait tordre dans n'importe quel sens et qui ne cassait pas. Solide, oui, solide. Une dure à cuire. Elle n'avait pas d'amour en elle, mais une douceur infinie. De la patience. Légère et futée. Et insouciante. Son corps n'avait pas d'importance puisqu'elle ne l'habitait pas. Il était si beau, ce petit corps étroit et brûlant, ce 10 parfait ; elle pouvait le contempler de loin, ce corps, comme s'il était à l'autre bout de la pièce. Elle était tellement cool. Tellement au-dessus de tout. Elle portait son néant comme si c'était quelque chose."

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calou 27/08/2012 17:11


ma biche suite à la lecture de ton commentaire et de tes appréciations j'ai très envie de lire cet ouvrage...vivement Noël ! lol

Nathalie 27/08/2012 17:33



Encore un livre qui est juste passé entre mes mains et qui a déjà été rendu. Faudra te le procurer autrement...


En tout cas, un sujet très sensible mais du bel ouvrage !!!