"Le jeu des ombres" de Louise Erdrich

Publié le par Nathalie

Louise Erdrich est une auteure américaine, figure emblématique de la jeune littérature indienne. Elle a écrit des romans, de la poésie et des livres pour enfants. Elle appartient au mouvement Native American Renaissance qui promeut le renouveau de la littérature amérindienne depuis la fin des années 60.

 

"Le jeu des ombres" est le portrait d'un couple en crise, au bord de la rupture. A ce récit d'un quotidien dans lequel la violence est très présente, il y a également une invitation à réfléchir sur l'importance de la culture et de l'histoire collective sur l'évolution individuelle et, par extension, familiale.


Irene décLe jeu des ombresouvre, un beau jour, que son mari, Gil, lit régulièrement l'agenda rouge qui lui sert de journal intime. Se sentant bafouée par cet acte, qui déclenche en elle de la colère, elle décide de rédiger dorénavant ses pensées les plus secrètes sur un carnet bleu qu'elle met en sécurité et de continuer à écrire sur le précédent afin de manipuler à sa guise ce mari qui l'étouffe, la maltraite et pour qui elle ne ressent plus d'amour.

Va alors démarrer un huis-clos psychologique qui verra s'affronter deux êtres arrivés en fin de parcours amoureux mais dont l'un ne veut pas lâcher prise. Au milieu de cette "zone de combats", trois enfants qui ont du mal à trouver leur place dans ce couple aux relations faites de haine et d'amour. Trois enfants très proches, bien que différents, et qui vivent leur appartenance à la culture indienne différemment.

 

Autour de ce récit narratif très fort qui se développe autour de trois voix ( les propos d'Irene tenus dans l'agenda rouge, ceux du carnet bleu et un récit à la troisième personne) et qui nous plonge dans le quotidien d'un couple durant deux mois environ, on découvre également une réflexion sur les traditions et les croyances indiennes. La notion d'art est également très présente car Irene est le modèle et l'inspiratrice de Gil qui utilise sa peinture afin de s'approprier sa femme, d'en faire sa chose.

On y retrouve aussi un mal-être assez représentatif d'un peuple aux racines extrêmement riches et profondes et qui, suite à l'extermination et à l'exclusion qu'il a du subir depuis la colonisation de ses terres, se réfugie dans ses traditions mais également dans des travers pervers comme l'alcool et la drogue.

 

J'avoue que j'ai d'abord eu du mal à rentrer dans le livre car je trouvais que les propos partaient dans tous les sens et tout cela me semblait un peu fouillis. De plus, j'avais imaginé que la part donné au double journal intime serait plus développée, un peu à la manière d'un thriller. Finalement, Louise Erdrich sait où elle veut emmener son lecteur et son ton, ses pseudo égarements servent totalement une histoire dans laquelle la violence, la folie, la haine et l'amour se mêlent habilement.

Je me suis finalement laissée, peu à peu, absorbée par cette oeuvre avec l'impression d'être une observatrice indiscrète confrontée à une vision du couple très torturée et conflictuelle. Ayant lu quelques bribes d'informations sur la vie de l'auteur, je pense que ce livre contient une part autobiographique, ce qui explique sans doute son style nerveux, désespéré et cru, parfois. J'ai trouvé la fin très belle, bien que tragique. Je pense qu'il ne pouvait en exister d'autre pour terminer une telle oeuvre...

 

Merci à Graziella pour ce conseil littéraire avisé. Encore un... ;-)

 

Note : 4/5

 

Passage choisi : "Irene était une lectrice indisciplinée et gardait un fouillis de livres à moitié lus près de son lit, mais aussi sur les tables basses et aux toilettes. Elle avait rarement la patience d'aller jusqu'au bout de ses lectures, même si elle prenait des notes sur des fiches. Des amas de fiches en désordre étaient entassés ça et là, déstabilisant les piles qui s'effondraient déjà au chevet du lit. Gil lisait avec davantage de méthode. S'il commençait un livre, il le terminait. Sa vénération pour les livres était née avec les merveilles mises au rebut que sa mère avait rapportées à la maison. L'odeur des pages moisies. Le dos cassé, déchiré, laissant apparaître le carton. Rien ne comptait sinon que le volume soit sauvé comme quelque chose d'humain. Gil ne posait jamais un livre par terre. Il mettait toujours un magazine, du papier, ou même un torchon de cuisine en dessous pour ne pas érafler sa couverture. Pour cette raison, les talus de livres près du lit, du côté d'Irene, le choquaient."

Publié dans Louise Erdrich

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Françoise Pasco 10/09/2012 16:23


Tout à fait d'accord avec votre analyse. J'ai eu aussi un peu de mal à entrer dans cette histoire, mais c'est un roman très riche , très bien construit, émouvant. J'ai beaucoup aimé aussi La
Malédiction des colombes et la Chorale des maîtres...

Nathalie 10/09/2012 18:01



Bonjour Françoise et bienvenue sur ce blog !!!


J'ai lu "la Chorale des maîtres bouchers" peu de temps après et j'ai été encore plus ravie par cette auteure. Il faudra donc que j'essaye "La malédiction des colombes" prochainement...


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Bonnes lectures



calou 29/08/2012 10:32


au vu de ton commentaire étoffé il semble que cette oeuvre soit très riche...lecture régale en perspective ! ! ! si pas un prêt...

Nathalie 29/08/2012 22:37



Encore loupé !!! Il est retourné chez "l'envoyeur" celui-là aussi...


Mon article sur "La Chorale des maîtres bouchers", du même auteur, est à paraître bientôt.