"La part de l'autre" de Eric-Emmanuel Schmitt

Publié le par Nathalie

Dernier livre lu pour 2011 !!! Il m'a été prêté il y a quelques jours par mon frangin qui l'a beaucoup aimé. En cette période de fêtes, j'avais envie de lectures joyeuses, légères, pétillantes...  festives, quoi !!! Alors, lire un livre dont le sujet est l'un des pires hommes que la Terre ait jamais porté, selon moi, ne me paraissait pas être la lecture de fin d'année la plus appropriée... Mais, bon... Je me suis dit : "Maintenant ou plus tard, le sujet n'aura pas changé donc lançons-nous !!!", et je dois dire que je ne le regrette pas.

Je connaissais Eric-Emmanuel Schmitt grâce à "Oscar et la dame rose", lu il y a quelques semaines à peine. J'avais beaucoup aimé cette première lecture qui traitait d'un sujet grave avec un ton plein d'humour et une certaine féerie. J'ai donc pensé que "La part de l'autre" serait sûrement traité de façon plus grave mais avec style et intelligence, donc j'ai pris la décision de partager ma vie, pendant quelques heures par jour, avec Adolf Hitler.

L'auteur a écrit là un roman mi-biographique, mi-uchronique, c'est à dire un récit qui prend pour point de départ un événement de l'Histoire en partant du principe qu'il n'a pas eu lieu et qui tente d'imaginer les différentes conséquences possibles qui en découlent. Dans la partie uchronique, Eric-Emmanuel Schmitt part de l'idée que Adolf Hitler n'a pas été recalé, le 8 octobre 1908, lors de son examen d'admission à l'École des Beaux-Arts de Vienne. Le roman est donc composé en alternance, de la partie réelle, qui nous emmène de l'échec de Hitler dans sa carrière d'artiste peintre à la montée du nazisme et la seconde guerre mondiale, et de la partie imaginaire, qui nous montre un Adolf H. artiste, charmeur et grand amoureux.

Avant d'entamer le roman à proprement parlé, j'ai commencé par lire la postface qui est le journal écrit par l'auteur durant les mois pendant lesquels il a travaillé sur son ouvrage. J'ai trouvé ça très intéressant de voir à quel point le fait de choisir, puis d'écrire sur un personnage tel qu'Hitler peut avoir des répercussions sur la vie de l'écrivain.

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Je ne peux pas vous dévoiler le parcours de Adolf H. créé de toutes pièces par Schmitt car cela n'aurait aucun intérêt pour vous, ensuite, de lire le livre. Par contre, je peux vous dire que ce roman est terrible et brillant, car il nous force à nous poser des questions sur le "côté obscur de la Force" qui sommeille en nous.

Si Hitler avait vu son talent d'artiste reconnu, la seconde guerre mondiale et les millions de morts qui en découlèrent auraient-ils pu être évités ? Un seul changement dans le cours d'une seule vie peut-il avoir des répercussions à l'échelle mondiale ? La théorie des dominos est savamment abordée par Eric-Emmanuel Schmitt, tout comme la théorie existentialiste qui soutient que l'homme se réinvente perpétuellement.

Il sait nous transporter d'un récit historique froid, à la lecture duquel on se dit que n'importe quel homme pourrait à un moment donné basculer vers un destin tragique pour le monde, à un récit dans lequel Adolf H. est le versant humanisé du monstre, ce qui le rend proche de nous, au point de se dire qu'il en faut peu pour que "la part de l'autre" prenne le dessus.

La lecture de cet ouvrage m'a passionnée et je dois dire que, bien qu'exécrant Adolf Hitler et les conséquences de son existence politique sur le plan mondial, j'ai eu envie d'en apprendre plus sur lui. Je me suis aussi demandée si, a contrario, un simple fait aurait pu faire basculer Ghandi, le Dalaï-Lama ou Martin Luther King vers des destins plus noirs. Après tout, avec des "si", il est facile de mettre Paris en bouteille... ;-)

Petite anecdote : Je viens d'acheter le dernier album de Bénabar, et coïncidence, il consacre un de ses titres (Différents ?) à se (nous) questionner sur la différence qu'il existe (ou non) entre un criminel de guerre, un assassin... et nous.

Note : 4,75/5

Passage choisi : "Depuis ce jour, les nuits de l'enfant sont difficiles, et ses journées encore plus. Il veut comprendre. Comprendre que le monstre n'est pas un être différent de lui, hors de l'humanité, mais un être comme lui qui prend des décisions différentes. Depuis ce jour, l'enfant a peur de lui-même, il sait qu'il cohabite avec une bête violente et sanguinaire, il souhaite la tenir toute sa vie dans sa cage."

Publié dans Eric-Emmanuel Schmitt

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NaNy 08/01/2012 22:49

Bonsoir, n'ai pas lu le livre mais ta présentation donne envie de se plonger dans cet ouvrage.
Tu as écrit : un simple fait aurait pu faire basculer Ghandi, le Dalaï-Lama ou Martin Luther King vers des destins plus noirs, en ce qui concerne ce dernier son destin était noir depuis sa
naissance(petit trait d'humour !).

Nathalie 09/01/2012 18:33



Je suis MDR !!!


Le livre est, me semble-t-il, sur la 3ème marche de l'escalier, donc tu vas pouvoir t'y mettre sans tarder !!! Fais attention en t'y plongeant de ne pas faire un plat (ha ! ha ! ha!).