"Comme une bête" de Joy Sorman

Publié le par Nathalie

"Comme une bête" est le 3ème ouvrage de la sélection du Prix roman 2012 France Télévisions que je découvre. Il s'agit, selon une phrase de la 4ème de couverture, de "l'histoire d'un jeune homme qui aime les vaches au point de devenir boucher".


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Au début de ce livre de 165 pages, Joy Sorman nous présente son héros, Pim. C'est un jeune homme, grand, mince, aux mains longues et noueuses ("[des mains] de pianiste, pas de boucher") qui pleure souvent mais sans explication aucune. Au lycée, au moment de se fixer une orientation, il fait le choix de l'apprentissage et d'une formation en alternance avec un CAP à la clef. Pourquoi la boucherie ? Parce que c'est un métier qui rapporte un salaire lucratif et que ce secteur ne connaît pas la crise.

Pim va ainsi découvrir sa grande et ultime passion : la viande. D'étudiant modèle à meilleur boucher de la capitale, on va suivre son parcours entre boucherie, abattoir, Halles de Rungis et prés où broute sa matière première préférée : la vache.

 

Je dois dire que le sujet de ce livre m'a un peu désarçonnée au début de ma lecture. Je ne suis pas très accro à la viande, et à la viande rouge en particulier, donc l'idée de lire un roman dont c'était l'univers ne m'emballait que moyennement. Quelle ne fut pas ma surprise, donc, de me laisser peu à peu happer par le récit de cette passion !!! Car c'est de cela qu'il s'agit, la description, dans tous ses moindres détails, d'une passion. Comment elle a surgi dans la vie de Pim. Ce qu'elle lui procure comme émotions. Comment il la vit au quotidien...

Pim aurait pu aimer les belles voitures ou les opérettes italiennes. Mais non, Pim aime la viande. Il aime la sentir, la découper, la toucher, s'en imprégner... La viande est tout pour lui au point de ne pas avoir de vie amoureuse, familiale ou amicale. Il est entré en boucherie comme on entrerait en religion, avec dévotion et sens du sacrifice.

 

Joy Sorman a réalisé avec ce livre un merveilleux travail descriptif. On a l'impression d'être avec Pim dans son atelier de découpe, on est transi de froid quand il s'attarde dans la chambre froide et on sent le tourbillon des Halles de Rungis qui s'agite autour de nous quand il y fait ses achats. Le travail d'investigation de l'auteure, afin de rendre cet univers aussi réaliste tout en étant poétique, a dû être très poussé tellement on est dans le détail et dans le ressenti. Un ouvrage très intéressant sur un plan documentaire mais également très agréable sur un plan stylistique. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser au Jean-Baptiste Grenouille de Patrick Süskind quand j'ai découvert le personnage de Pim car j'y ai vu une même passion, une même urgence et également une même folie. Et pour moi c'est un véritable compliment que je fais là, à Joy Sorman, car "Le Parfum" est un de mes livres fétiches.

 

Note : 4,25/5

 

Passage choisi : "Les deux premiers mois la nausée était permanente, stagnante et sourde, comme une vague à l'âme : le sang, les odeurs, la tripaille et la Javel, mais aussi la fatigue, les nuits trop courtes, le bol de café amer au réveil seul à la table de la cuisine, l'estomac incapable d'assimiler la moindre nourriture alors que le corps réclame encore du repos. Il fait nuit quand Pim arrive le premier à la boucherie, les néons du labo l'éblouissent, lui vrillent la rétine, le froid de l'inox, de la viande, du tablier et du gant métallique le saisit aux reins. Il fait encore nuit quand l'apprenti plonge son couteau à saigner dans la viande et que les gouttes de sang tombent feutrées sur la sciure qui couvre la carrelage."

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calou 21/05/2013 11:53


étonnant, surprenant, j'aime la viande rouge en tant que consommateur...!!!


mais en faire sa passion...!!! ??? une passion dévorante qui annihile toute autre vie que celle pour la viande... sujet on ne peu plus surprenant mais un vrai tour de force de dire autant et
aussi bien sur une telle passion...


similitude évidente avec le "Parfum" sans toutefois atteindre le même niveau d'excellence me semble-t-il !


biz 

Nathalie 21/05/2013 18:47



Très beau roman sur une passion dévorante.


Bien entendu, rien n'atteindra jamais "Le Parfum" mais on est dans la même sphère littéraire. Bizz



calou 04/12/2012 11:47


j'ai hâte de lire ton commentaire sur le Parfum


je vais confier à ta Môman quelques bouquins lus récemment pour toi ; ensuite les faire circuler. Bisous

Nathalie 04/12/2012 17:52



Il va falloir être patient...


OK. Merci pour les bouquins. Bizz



calou 30/11/2012 10:34


le texte présenté en dit long sur le style et le thème


un "ventre de Paris" du 21e siècle peut-être...qu'en penses-tu ?


comme toi le parfum est un de mes livres préférés...!!!

Nathalie 30/11/2012 18:32



Je n'ai pas lu ce Zola là, mais d'après ce que j'en ai entendu lors de mes années lycées, il pourrait y avoir de ça !!!


En tout cas, cette lecture m'a donné envie de relire Süskind, donc bientôt un article sur "le parfum"...