"14" de" Jean Echenoz

Publié le par Nathalie

Voilà le premier des six livres de la sélection du prix littéraire France Télévisions - roman 2012 que je dois lire, pour le 5 décembre, en tant que membre du jury (voir page consacrée à ce Prix Littéraire sur ce même blog).

J'ai décidé de commencer ma lecture par "14 " de Jean Echenoz car c'est un roman qui se déroule durant la première guerre mondiale et que cette période m'intéresse particulièrement.

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Voici le texte de présentation en 4ème de couverture : "Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état."

A cette lecture, je me suis imaginée une histoire d'amour sur fond de guerre. Et bien, c'est raté, en fait, il s'agit surtout d'une histoire de guerre. J'ai donc d'abord été un peu déçue, et puis finalement, non.

Ce n'est pas très clair, donc je développe : ma déception vient du fait que le côté romanesque auquel je m'attendais n'était pas présent ; par contre, j'ai été ravie, tout compte fait, que le personnage principal du roman soit la 1ère guerre mondiale.

En effet, au fil des pages, j'ai eu de moins en moins l'impression qu'Anthime, le personnage central de "14" en était véritablement le héros. J'ai ressenti que le déroulement du conflit et surtout le quotidien des soldats occupaient vraiment cette place. Je dois même avouer que j'ai spontanément mis de côté la relation qui existe entre Blanche et deux des hommes partis au front (et que je trouve très brumeuse) afin de m'immerger totalement avec les appelés et vivre en temps réel leur enthousiasme, leurs déconvenues, leurs peurs et les espoirs. J'imagine que c'est ce que voulait l'auteur... Si je le croise le 5 décembre, j'espère pouvoir lui demander le pourquoi de ce trio au milieu d'une superbe histoire qui aurait très bien pu s'en passer (Peut-être est-ce tout simplement pour qu'Anthime ait une épaisseur et ne soit pas un simple soldat anonyme ?).

De façon vive et concise, Jean Echenoz a très bien su décrire la vie de ces hommes que rien ne destinait au combat et qui vont découvrir avec effroi la vie dans les tranchées, le manque d'hygiène, les égarements de la hiérarchie... Il a su dépeindre tout cela avec réalisme (les détails ne nous sont pas épargnés) et intelligence en teintant souvent son récit d'ironie, ce qui crée un décalage avec la dure réalité vécue par les soldats. Une lecture vraiment intéressante sur un plan historique, même si seule la première année du conflit est traitée. Un ouvrage qui fait mouche...

Note : 4/5

Passage choisi : "Le tocsin, vu l'état présent du monde, signifiait à coup sûr la mobilisation. Comme tout un chacun mais sans trop y croire, Anthime s'y attendait un peu mais n'aurait pas imaginé que celle-ci tombât un samedi. Sans aussitôt réagir, il est resté moins d'une minute à écouter les cloches se bousculer solennellement puis, redressant son engin et posant le pied sur sa pédale, il s'est laissé glisser le long de la pente avant de prendre la direction de son domicile. Un cahot brusque et, sans qu'Antime s'en aperçût, le gros livre est tombé du vélo, s'est ouvert dans sa chute pour se retrouver à jamais seul au bord du chemin, reposant à plat ventre sur l'un de ses chapitres intitulé Autres habet, et non audiet."

Publié dans ROMANS

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