- Héroïnes - de Sarah-Jane Stratford

Publié le par Nathalie

- Héroïnes - de Sarah-Jane Stratford

"Héroïnes" (Belfond - 1er avril 2021) est le deuxième roman de l'auteure américaine Sarah-Jane Stratford, mais le premier à paraître en France.

Diplômée en Histoire médiévale, Sarah-Jane Startford a été journaliste pour les pages cultures de différentes publications américaines. Originaire de la côte Ouest (L.A.), elle s'est installée à Londres, en 2017, afin de faire des recherches historiques et d'écrire des textes littéraires. Son premier roman "Radio Girls" a été publié en 2016.

4ème de couv' : "Alors que la Peur rouge s’abat sur l’ensemble des États-Unis, Phoebe Adler, talentueuse scénariste, est brutalement bannie de Hollywood. La cause ? Ses supposées accointances communistes, vraisemblablement le fruit des affabulations d’un collègue jaloux. Face à la menace d’un procès inique, la jeune femme se retrouve contrainte d’abandonner sa sœur malade et d’émigrer de l’autre côté de l’Atlantique.
Mais, au lendemain de la guerre, trouver du travail dans un Londres entièrement à reconstruire n’est pas chose facile. Jusqu’au jour où le chemin de Phoebe croise celui d’Hannah Wolfson. Productrice américaine, elle-même victime de dénonciations, Hannah a décidé d’offrir son aide aux artistes blacklistés.
Ensemble, les deux femmes jurent de prendre leur revanche, non seulement sur le maccarthysme, mais aussi sur le sexisme qui règne dans les studios. Duo de choc, de talent et de charme, Phoebe et Hannah voient leurs vœux exaucés au-delà de leurs rêves… avant de réaliser que la chasse aux sorcières ne connaît pas de frontières et que leur sanctuaire anglais est loin d’être sans danger."

Voici un roman original. Dans le contexte politique des années 50, teinté de guerre froide et d'une politique virulente de la HUAC (commission d'enquête parlementaire chargée de démasquer les "Rouges" infiltrés dans l'économie américaine, particulièrement à Hollywood), Sarah-Jane Stratford nous dresse le portrait de deux figures féminines bien décidées à réussir leur vie professionnelle et à faire fi du sexisme ambiant.

Inspiré de personnages ayant réellement existé et d'une situation historique très bien documentée (et assez peu utilisée en littérature), ce roman nous tient en haleine tout du long de ses 431 pages.

Entre Phoebe, scénariste célibataire brusquement blacklistée, qui est obligée de fuir à Londres pour pouvoir continuer à s'occuper financièrement d'une sœur lourdement malade, et Hannah, productrice et mère de famille, qui mène un combat politique, autant qu'humain et artistique, depuis la capitale anglaise, l'auteure nous donne à découvrir deux très beaux portraits de femme.

Le ton est tour à tour sérieux (quand il s'agit de présenter le contexte politique et ses conséquences sur de nombreux américains qui n'ont eu d'autres choix que la prison ou l'exil), émouvant (quand il s'agit des relations entre Phoebe et sa sœur, Mona) ou humoristique (par exemple, lors de la visite des studios de tournage par une chasseuse de communistes ou dans le jeu de séduction qui s'instaure entre Phoebe et Reg).

Je n'ai pas boudé mon plaisir, ai dévoré cet ouvrage, au ton rythmé, en 3 petits jours seulement, et suis très contente d'avoir découvert sous un nouvel angle ce pan sidérant de la vie politique américaine.

Note : 4,5

Passage choisi : "- Ne cherchez surtout pas à plaisanter.

Ce fut la première et dernière consigne de son avocat. Personne n'avait le droit de rire durant les auditions, et une femme moins que quiconque.

En levant les yeux vers le jury entièrement masculin qui la toisait du haut de son estrade, elle songea qu’elle n’avait jamais été aussi peu d’humeur à plaisanter. Elle ne puisait même aucun réconfort dans l’idée que les accusées au procès des sorcières de Salem avaient affronté une situation pire encore que la sienne. Elle ne voulait pas finir en prison.
On se serait cru à la télévision, dans une fiction dont elle aurait tenté d’écrire le scénario avant de renoncer devant son absurdité. Mais tout ceci était bien réel. Un coup de marteau retentit. Le silence se fit dans la salle, et l’interrogateur la regarda droit dans les yeux.
— Phoebe Berneice Adler. Êtes-vous ou avez-vous jamais été membre du Parti communiste ?

Qu'importe s'ils savaient déjà que la réponse était non. Ce n'était pas le sujet. Cela ne l'avait jamais été. Cette audition n'était que de la poudre aux yeux, du cinéma, et il fallait qu'elle joue son rôle." (p. 9)

Publié dans ROMANS

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