"L'Invention de nos vies" de Karine Tuil

Publié le par Nathalie

"L'Invention de nos vies" de Karine Tuil

Livre reçu, avec une dédicace de l'auteure en prime, sous le sapin de mon Noël 2014. Merci Nini !!! ;-)

"Sam Tahar, brillant avocat au barreau de New York, semble tout avoir : la célébrité, la fortune, un beau mariage...Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami de jeunesse Samuel, écrivain raté qui s'enlise dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la belle Nina était restée - par pitié - aux côtés du plus faible. À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c'est la déflagration..."

J'ai eu du mal à entrer dans le roman de Karine Tuil au départ, non pas à cause de l'histoire, qui est très vite prenante, mais à cause de son écriture. Ses phrases au long cours et au débit mitraillette, avec des successions de mots façon QCM et des notes en bas de page m'ont, dans un premier temps agacées, et puis, je me suis habituée et c'est avec plaisir que j'ai suivi le triangle amoureux Samir-Nina-Samuel sur les routes sinueuses qu'ils ont empruntées tout au long de l'histoire.

On s'attache vite au personnage de Samir, devenu Sam à la suite d'un mensonge, et qui, du jour au lendemain, voit son beau monde s'écrouler parce que son passé ressurgit soudain. On se met à la place de Nina, partagée entre deux hommes. On s'apitoie sur Samuel, comme il s'apitoie sur lui-même.

J'ai trouvé le rythme dynamique et suis persuadée que ce livre pourrait faire un très bon scénario pour le cinéma car ce triangle amoureux (un grand classique !) est très moderne, très ancré dans l'actualité avec ses thématiques du racisme, de la discrimination, de la force de l'éducation, de la banlieue, de la réussite sociale... mais interpelle par son lien avec l'Histoire.

Je suis restée sur ma faim arrivée à la dernière page car je voudrais connaître le devenir des personnages. Une suite est-elle envisageable, Mme Tuil ? :-)

Note : 4/5

Passage choisi : "L’obligation de réussir – cette menace qui pèse sur vous dès la naissance, cette lame que la société vous place sous la gorge, qu’elle maintient fermement jusqu’à la suffocation et ne retire qu’à l’heure de la proscription, ce moment où elle vous met hors jeu, vous disqualifie, c’est l’heure du grand nettoyage, on élimine comme on dérode ! – ce qu’il y a de jouissif dans ce bannissement dont on ne sait jamais s’il est provisoire ou définitif, cet instant où l’on est admis dans la confrérie des finis/des ratés/des has been, ceux que l’âge ou l’échec ont marginalisés, les sans-papiers et les sans-grade, les petits et les simples, les inconnus et les ternes, ceux qui pointent aux Assedic, se lèvent tôt, dont le nom ne vous dit rien, ceux que l’on ne prend pas au téléphone, que l’on ne rappellera jamais, auxquels on dit « non », « plus tard », pour lesquels on n’est jamais libre et jamais aimable, les moches, les gros, les faibles, les femmes jetables, les amis ridicules, les débarrassant – enfin – de la peur de décevoir, de la pression que le souci de plaire fait peser sur eux, ces impératifs que l’on s’impose à soi-même, par individualisme/goût des honneurs/soif de reconnaissance/de pouvoir/mimétisme/instinct grégaire – tous ces effets dévastateurs des rêves avortés de l’autorité parentale/du déterminisme/des utopies hallucinatoires, cette injonction brutale qui régit l’ordre social et jusqu’aux rapports les plus intimes – Soyez PERFORMANTS ! Soyez FORTS ! il y avait été soumis comme les autres -, mais moins prégnantes aujourd’hui où personne n’espérait plus rien de lui, où lui-même n’aspirait qu’à jouir de son identité retrouvée, la lame avait ripé, au suivant ! "

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